Le moulin banal

Un élément clé de la seigneurie en Nouvelle-France

 

Le blé étant à la fois l’aliment de base et une monnaie d’échange pour les habitants, le moulin occupe une place centrale dans la vie sociale et économique des seigneuries en Nouvelle-France.

 

En plus d’être indispensable à la fabrication du pain, le moulin est un lieu de sociabilité puisque l’ensemble des censitaires y moud son grain. En effet, le seigneur est tenu de construire et d’entretenir un moulin où les censitaires doivent faire transformer leur grain en farine, ce qui lui permet de prélever le droit de mouture. Perçue par le meunier, cette taxe s’élève au 1/14 du minot de farine. Ce monopole du seigneur lui assurant un revenu est ce qu’on appelle une banalité, d’où le nom de « moulin banal ». Lorsque possible, les censitaires vendent aussi leurs surplus : l’apport en espèces leur permet d’acheter divers produits de consommation. Sur la Côte-de-Beaupré, c’est vers Québec que les surplus étaient dirigés.

Ruines d’un moulin à vent, John Henry Walker (1831-1899), entre 1850-1885. Musée McCord, M930.50.8.373, don de M. David Ross McCord.

Moulin à vent de L’Isle-aux-Coudres, vue avant, Dominique Malack (photographie), 2007. Ministère de la Culture et des Communications.

Vue d’ensemble du mur circulaire du moulin banal construit au milieu du 17e siècle, avant l’érection du premier couvent sur le site d'Aux Trois Couvents. Photographie : Marc Bouchard, Rapport de fouilles archéologiques, Josiane Lambert, Centre d’interprétation de la Côte-de-Beaupré, juillet 1999.

La présence d’un moulin est un bon indicateur du développement d’une seigneurie aux débuts de la colonie. Très tôt, les moulins à vent ou à eau, dont les traces sont toujours visibles dans le paysage, remplacent les moulins à bras. À Château-Richer, la Compagnie de Beaupré fait construire un moulin à vent avant 1657, qui est suivi quelques années plus tard des moulins du Sault-à-la-Puce et du Petit-Pré. Les besoins croissants dans la région ne sont pas surprenants : développée très rapidement, la culture du blé domine la Côte-de-Beaupré jusqu’au 19e siècle. D’ailleurs, l’envoi sur la Côte de deux des six cribles cylindriques venus de France en 1732 afin d’améliorer la qualité de la farine démontre l’importance de la production de la région.

Carte de Château-Richer, 18e siècle. Musée de la civilisation, fonds d’archives du Séminaire de Québec, Titres Château-Richer, no. 56.