Des fenêtres sur le développement du territoire de la Côte-de-Beaupré

 

Les cartes de Jean Bourdon (1641) et de Gédéon de Catalogne (1709)

 

C’est à partir de 1627, année de création de la Compagnie des Cent-Associés, à qui on octroie le développement de toute la colonie, que le régime seigneurial s’implante véritablement en Nouvelle-France de façon systématique.

… La Compagnie des Cent-Associés s’était vue accorder l’ensemble de la Nouvelle-France. Il s’agissait à l’époque d’un territoire immense qui allait du pôle Nord à la Floride et des Grands Lacs à Terre-Neuve.  

Après la seigneurie de Beauport en 1634, qui est accordée à Robert Giffard, la Compagnie concède en 1636 à deux de ses actionnaires, Antoine Cheffault de la Regnardière et Jacques Castillon, les seigneuries de Beaupré et de l’île d’Orléans, respectivement. Les deux hommes forment ensuite avec six autres individus la Compagnie de Beaupré, qui s’attèle à la colonisation de la région.

 

Le régime seigneurial, qui a perduré plus de deux siècles, a laissé dans le paysage québécois des traces toujours perceptibles aujourd’hui. Déjà, en 1641, une carte d’une grande valeur pour les historiens et établie par Jean Bourdon montre le territoire de la Côte-de-Beaupré et de l’île d’Orléans, où on reconnaît les rectangles allongés perpendiculaires à un cours d’eau qui sont associés au régime seigneurial. On doit attendre quelques années avant de voir l’octroi officiel de titres de concessions, mais la carte montre que des terres étaient déjà occupées en 1641. Vers la fin du 17e siècle, c’est presque la totalité des terres de la Côte-de-Beaupré qui sont concédées.

Carte depuis Kébec jusque au Cap Tourmente, Jean Bourdon (1601-1668), copié par nom illisible, 1641. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, P600,S4,SS2,D720, Fonds Collection initiale.

… Utilisé depuis au moins 1641, le nom de « Château-Richer », visible sur la carte de Jean Bourdon, désignait au départ seulement le promontoire sur lequel on a éventuellement construit l’église paroissiale.  

Au début du 18e siècle, Gédéon de Catalogne prépare un relevé cartographique des régions de Québec, Montréal et Trois-Rivières pour le comte de Pontchartrain, contrôleur général des finances du Roi, afin de donner une idée claire du développement de la colonie et de l’occupation du territoire à l’époque. Daté de 1709, le plan du « gouvernement » de Québec est une source inestimable et révélatrice. On y remarque notamment que le développement de la Côte-de-Beaupré est très avancé et que l’ensemble des terres a été concédé sur l’île d’Orléans. Les seigneuries entièrement occupées sont très rares à l’époque.

Carte du gouvernement de Québec levée en l'année 1709 par les ordres de Monseigneur le comte de Ponchartrain, commandeur des ordres du roy, ministre et secrétaire d'estat par le S. Catalogne, lieutenant des troupes, et dressée par Jean Bt. Decouagne [facsimilé], Gédéon de Catalogne (1662-1729), 1709. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, G/3451/G46/1709/C381/1921 DCA.